De la justice et de l'oubli

Au vu des déclarations des plus hauts responsables du pays, il est maintenant établi que la priorité de l'heure du pouvoir en place, présidence et une partie du sérail politique et militaire, est de concourirà ramener coute que coute la paix totale et tourner la page d'une décennie noire. Fort louable, si ce n'était cette notion d'amnistie générale sans justice qui profiterait à des terroristes sanguinaires des sphères intégriste et politicarde-financière mafieuses. Et qui dit amnistie pense au pardon, à l'absolution inconditionnelle.

L'amnistie, mot d'origine grecque qui signifie oubli, se définit comme l'acte suivant l'arrêt d'un conflit et dans lequel toute recherche d'antécédents est interdite, au risque de provoquer la résurgence d'un tel conflit. Donc, l'amnistie est conditionnée par l'arrêt des actes de guerre qu'ils soient le fait d'un groupe de personnes hostiles au pouvoir en place ou d'une armée régulière ennemie. Mais dans le cas de la lutte barbare que mène les terroristes affiliés aux différents groupes islamistes et/ou mafieux, la condition pour la proclamation d'une telle amnistie est loin d'être acquise. En effet, après les dispositions de la Rahma (miséricorde) instituée sous la présidence de Zeroual, puis ceux de la réconciliation nationale sous Bouteflika, il n'en demeure pas moins que le problème de base réside dans la durée de ces dispositions. Car ces lois exceptionnelles doivent avoir deux objectifs. Un, emmener les éléments terroristes qui se seraient fourvoyés à réintégrer la place qui devrait être la leur dans la société; à savoir des citoyens qui aux yeux de la république auraient les mêmes droits et les mêmes obligations que tous les autres. Deux, montrer à ceux qui continueront à croire en leur combat destructeur la fermeté de l'État à éradiquer ceux qui tuent, pillent et massacrent dans le seul objectif de prendre le pouvoir afin d'imposer leur point de vue et leur vision de la société. Mais si la Rahma fut limitée dans le temps, il en va tout autrement de la réconciliation nationale qui ne cesse de perdurer, ce qui donne une fausse image de la force de l'État à protéger ses citoyens et leurs biens. Ou la véritable image, c'est selon.

Et alors que la réconciliation nationale peine à donner ses fruits, la notion d'amnistie générale revient comme un leitmotiv à chaque discours du président et des hommes qui lui sont acquis. En l'absence de toute étude sur l'efficience de la réconciliation nationale ainsi que des objectifs atteints, il parait malvenu de parler de dispositions encore plus avantageuses pour ces terroristes en occultant la douleur encore vive chez les victimes de leurs actes destructeurs.

Il est aisé de comprendre qu'il faille sortir de la violence meurtrière qui ne cesse de faucher des vies algériennes et réduire à néant l'économie du pays, mais une amnistie sans justice et sans réparation n'a aucune chance de pérennité. Un jour, les démons se réveilleront, qui pour réclamer justice, qui pour poser des conditions pour ne pas reprendre les armes. Mais à voir les anciens chefs terroristes se pavaner et les mafieux circuler en toute quiétude dans les arcanes des pouvoirs occultes, il est à se demander si ce jour là, ce ne sera pas aux vrais patriotes de ce pays de demander pardon d'avoir voulu et fait barrière au machiavélisme assassin des mafieux et de leurs suppôts intégristes.

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